Chronique marine #10

Bon maintenant que tout monde sait où nous en sommes, passons aux choses sérieuses (!!!) voici la suite des événements de baie Déception, et ce sans aucune exagération, je le jure.

Après une bonne nuit de sommeil, le chef maître, ou premier officier, ou idiot de service, comme dans ce cas-ci, avait eu une idée de génie: nous allions attendre que la marée nous mette au même niveau que le quai, les mastodontes pourraient à ce moment rouler sur le couvert fermé de la cale centrale du navire, et alors, grâce à nos grues qui arrivent (à peine) à les soulever d'un pouce, nous pourrions ouvrir le panneau, sous eux et les descendre de 45 pieds...

Je ne sais si vous avez une image mentale de ce qu'il nous proposait? Moi je suis restée bouche bée. Les charges maximum des grues étant largement dépasser ce qu'il proposait était illégal, mais encore pire, dangereux et irresponsable. Mais je ne tarderais pas à l'apprendre, notre Bozo national se prenait pour un Zorro, quand en fait il n'était qu'un Zéro, à ne pas confondre avec un z'héros. Et au-dessus de lui, un capitaine sans scrupule, qui ne pensait qu'au bonis qu'on lui avait promis à la compagnie s'il arrivait à tout ramener de baie Déception.

Et malgré les protestations très vite étouffées du 2ième maître et moi, nous n'avions ni l'un, ni l'autre l'expérience et la permanence pour faire du bruit longtemps (veux, veux pas, les menaces de se faire mettre à la porte, ça marche toujours), la machine c'est mise en marche. Une vrai farce!!!!

Imaginez, un camion immense, conduit par un gars mort de peur, pendant que deux officiers, blancs comme des linges, tentent de tenir le navire accoter sur le quai avec des câbles d'acier, ce camion tente d'embarquer ses roues avant sur le pont du navire, par dessus une main courante de métal fin (comparer au diamètre des roues), par dessus l'eau claire et profonde, hhiiiiiiiiiiiiii...

Et les yeux nous ferment, on veux pas voir ça....

Mais finalement, il est à bord. La main courante gît, dans une mare de boue, écrasée, morte, irrécupérable. Mais c'est un moindre mal. Maintenant, on lie le monstre aux crochets des grues avec d'épaisses chaînes de métal et tout le monde se met en place, il nous faut maintenant ouvrir les cales. Tous croisent les doigts. Moi j'espère que les grues ne le soulèveront pas. Mais, voilà que pouce par pouce, il lève. Les moteurs des grues peinent et grognent de façon horrible, notre Bozo se dépêche d'ouvrir la cale. C'est maintenant que le pire peut arriver... Mes chers camarades, je peux vous l'affirmer, il y a un bon dieu pour les idiots. Nous avons frôlé la catastrophe, mais elle n'est pas arrivée. Le camion est descendu tout doucement, sur les freins des grues qui glissaient. Il était hors de question de même relâcher ces freins, car dès le moindre mouvement des opérateurs, le monstre faisait une chute de quelques pieds. Quand enfin il a été dans le fond de la cale, j'ai poussé un soupir en pensant que c'était bien fini, que notre Zéro avait eu sa leçon... Et bien non! nous avons recommencé cette dangereuse opération à 6 reprises. Je voulais mourir à chaque fois!!!!!!!!!

À la prochaine, pour la suite et la fin de cette histoire à Baie Déception.

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